Pendant des décennies, l’Exposition avec Prévention de la Réponse (EPR) de la première vague comportementale et la restructuration cognitive de la deuxième vague se sont imposées comme des outils majeurs dans le traitement de l’anxiété et des TOC. Si ces approches ont largement fait la preuve de leur efficacité clinique, les recherches scientifiques menées sur leurs mécanismes d’action ont fini par révéler une réalité surprenante : les raisons théoriques avancées pour expliquer « pourquoi » elles fonctionnent étaient en grande partie erronées.
Le mythe du contrôle et de la désensibilisation
À l’origine, la première vague s’appuyait sur le principe de la désensibilisation systématique : associer l’exposition graduelle à des techniques de relaxation pour « éteindre » l’anxiété. Or, les recherches scientifiques de vérification ont rapidement montré que la partie relaxation pouvait n’avoir aucun effet propre et que le phénomène d’habituation ou d’inhibition réciproque n’expliquait pas à lui seul le changement thérapeutique.
De son côté, la deuxième vague cognitive cherchait à modifier ou corriger le contenu des pensées dites « irrationnelles ». L’hypothèse de départ sous-entendait que pour aller mieux, il fallait impérativement réduire la peur, contrôler les sensations désagréables ou rectifier les cognitions.
Steven C. Hayes et ses collaborateurs ont interrogé ce mécanisme d’action. Leurs travaux expérimentaux (notamment lors d’exercices d’exposition par inhalation de CO² induisant des sensations de panique) ont montré que l’apprentissage de l’acceptation ne réduisait pas la réaction physiologique elle-même (rythme cardiaque, essoufflement), mais rendait les manifestations moins gênantes et augmentait la tolérance des personnes à l’inconfort. L’exposition ne fonctionnait donc pas en éliminant le symptôme, mais en transformant l’attitude de la personne face à lui.
Ce n’est pas le contenu qui pose problème, c’est la relation
La nuance scientifique est fondamentale : ce ne sont pas les sensations physiques ni les pensées intrusives en elles-mêmes qui posent problème, mais le rapport que nous entretenons avec nos expériences internes.
Chercher à tout prix à supprimer une pensée ou à contrôler une émotion transmet implicitement le message qu’elles sont dangereuses ou inacceptables. Lorsqu’elle est abordée uniquement comme un moyen de « se débarrasser » de l’anxiété, l’exposition risque de entretenir la lutte interne et la rigidité psychologique.
L’apport de la 3e vague : l’ACT et la flexibilité psychologique
C’est Steven C. Hayes qui a formalisé en 2004 l’appellation de « troisième vague » des TCC (Thérapies comportementales et cognitives), plaçant la Thérapie d’Acceptation et d’Engagement (ACT) au cœur de cette évolution.
Dans la perspective de l’ACT :
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L’exposition prend un autre sens : Elle ne vise pas à réduire l’anxiété ou à prouver que la pensée est fausse, mais à développer l’ouverture à l’expérience directe.
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L’inconfort est au service des valeurs : On ne s’expose pas pour « ne plus ressentir la peur », mais pour réapprendre à agir en direction de ce qui compte, même en présence de l’anxiété.
L’enjeu n’est donc pas l’absence de symptômes, mais le développement de la flexibilité psychologique : apprendre à observer ses pensées sans s’y fusionner, renoncer au contrôle stérile de ses émotions et engager ses actions vers une vie pleine de sens.
Pascal GAUTIER, août 2026
Pour aller plus loin : vous pouvez explorer le blog et le site par le moteur de recherche en bas de page (exemple de mots clés : défusion, acceptation, soi, valeurs, etc.)
Source : Steven C. Hayes, Un esprit libéré, Le guide de la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT), Pocket, 2023
(Titre original : A Liberated Mind, How to Pivot toward what matter, 2019)
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