De quel psy… parlons-nous ?

psychanalyse

Psychiatre, Psychologue,Psychothérapeute, Psychopraticien, Psychanalyste, Psychomotricien ?

Comment s’y retrouver ?

Il existe encore aujourd’hui, même chez certains professionnels de la santé, des confusions entre ces différents termes.

Tous ces «psy…» ont en commun de s’intéresser à la psyché humaine, aux processus psychologiques. Les uns par le biais d’une approche scientifique, les autres de manière plus empirique, voire philosophique. La plupart exerce dans le domaine du soin, certains psychologues – comme nous le précisons plus loin – dans des domaines différents.

Tentons de clarifier ces classifications, notamment au regard de leur cursus préalable en France…                                                  Lecture d’environ 6 min.

Psy...

Le psychiatre

Il est d’abord médecin, donc titulaire d’un doctorat, ayant suivi un premier parcours universitaire commun à tous les docteurs en médecine.

Après un cursus de 10 années, il a obtenu un DES (Diplôme d’Etudes Spécialisées).
Comme d’autres peuvent s’orienter vers la cardiologie, la gériatrie, etc., le psychiatre s’est spécialisé dans la maladie mentale.

A noter que les pédopsychiatres, comme le nom l’indique, sont des psychiatres spécialistes des enfants.

Psychiatres et pédopsychiatres prescrivent par le biais d’une ordonnance des psychotropes : neuroleptiques, anxiolytiques, antidépresseurs, normothymiques (régulateurs de l’humeur), hypnotiques.

Ils réalisent des diagnostics, prescrivent et administrent un traitement (médicamental et/ou psycho-thérapeutique) pour lutter contre les souffrances psychiques ou les troubles psychiatriques.

Psychothérapie verbale

Ils peuvent exercer en institution publique, dont les hôpitaux spécialisés, ou en cabinet libéral.

Le psychiatre n’a pas forcément suivi une formation longue en psychothérapie, même s’il a une connaissance des principales approches.

Le neuropsychiatre

La neuropsychiatrie désignait l’exercice conjoint de la neurologie et de la psychiatrie, séparées en France à partir de 1968.

Le psychologue

Le psychologue a validé un cursus universitaire de cinq années après le BAC, sanctionné, avant la réforme, par un D.E.S.S. à visée directement professionnelle (Diplôme d’Etudes Supérieures Spécialisées, avec un stage pratique en entreprise), ou un D.E.A. , initiant en général un Doctorat (Diplôme d’Etudes Approfondie, avec depuis plusieurs années la possibilité d’un stage pratique conférant le titre de psychologue). Ces deux cursus sont axés dès le départ sur la psychologie, en plus de cours de biologie, statistiques et méthodologie.

Depuis 2002 et la réforme  (BAC +) “3-5-8”, Licence-Master-Doctorat – L.M.D., avec l’harmonisation européenne des grades universitaires, le D.E.S.S. et le D.E.A. ont été remplacés  par le diplôme de Master (M2 ou Master 2è année), également de niveau BAC+5.

NOTE : La majorité des psychologues français n’a pas de doctorat en psychologie. C’est donc une erreur de les appeler Docteur. Il est par ailleurs possible d’avoir le titre de Docteur en psychologie, sans avoir le titre de psychologue !

Le diplôme de psychologue est reconnu par l’État depuis 1985. L’usage du titre de psychologue est donc réglementé et protégé.

L’usurpation du titre de psychologue est un délit (infraction prévue par l’article 433-17 du code pénal).

Là où réside la confusion, c’est que la majorité des psychologues n’est pas psychothérapeute, c’est à dire que ces psychologues n’exercent pas leur activité en face à face avec une personne en souffrance psychologique.

psychologue

Ils peuvent exercer dans des fonctions différentes sans la mise en avant de leur titre. Nous pouvons ainsi les trouver dans le service des Ressources Humaines d’une entreprise, ou dans des missions de recrutements. Ils peuvent être présents dans la formation ou l’orientation professionnelle (conseiller en bilan de compétences, psychologue scolaire).

La psychologie couvre en effet de nombreux domaines différents.

Citons :

    • La psychologie cognitive appliquée essentiellement aux connaissances, aux apprentissages, aux évaluations intra-psychiques. Elle est aussi la base des approches en psychothérapie des T.C.C.
    • La psychologie sociale, qui s’intéresse aux effets des interactions sociales sur l’individu.
    • La psychologie du travail  étudie les interactions de la personne avec l’entreprise, l’analyse des tâches et fonctions, l’ergonomie, les compétences professionnelles, etc. et leurs implications dans le monde du travail.
    • La psychologie du développement, depuis le fœtus jusqu’à la mort (les compétences en fonction des stades de développement…).
    • La psychologie différentielle qui étudie la variabilité (inter et intra-individuelle) des comportements et processus mentaux.
    • La psychologie clinique, qui est la plus proche de la représentation commune du “psy” : on y trouve des activités d’expertises (évaluations, bilans psychologiques) et celles de suivi psychologique avec la psychothérapie d’aide et de soutien.

Les psychologues sont soumis à un code de déontologie.

Les psychologues cliniciens ont, comme tout psychologue, une formation de base scientifique. Ils complètent leur formation universitaire par l’acquisition de compétences dans un ou plusieurs modèles psycho-thérapeutiques et continuent de s’informer ou se former tout au long de leur activité.

Le neuropsychologue

Il s’agit d’un psychologue spécialisé en neuropsychologie.
Son rôle est d’évaluer à travers un entretien clinique et une série de tests normalisés et standardisés le fonctionnement cognitif (attention, mémoire, raisonnement, langage…) et le comportement (émotivité, agressivité, hyperactivité…) de toute personne atteinte d’une lésion cérébrale ou d’un trouble neurologique.
Une évaluation neuropsychologique peut également concerner une personne ayant des plaintes cognitives, en dehors de toute pathologie connue.

Le psychothérapeute

C’est un terme générique qui regroupe l’ensemble des professionnels de la santé mentale qui font de la psychothérapie et qui sont reconnus par l’État : tous les psychologues ne sont pas psychothérapeutes, mais tous les psychothérapeutes ont dû se former à la psychologie.

Le psychothérapeute est un professionnel de la santé mentale qui propose des thérapies pour aider les personnes souffrant de troubles psychologiques, émotionnels ou mentaux. Sa pratique est encadrée par la loi et soumise à un code de déontologie strict, garantissant ainsi une prise en charge éthique et responsable.

Le psychothérapeute peut ainsi proposer différentes approches thérapeutiques, telles que la psychanalyse, la thérapie cognitivo-comportementale, la thérapie familiale ou encore l’hypnothérapie. Il est soumis au secret professionnel et s’engage à respecter un code de déontologie strict, garantissant ainsi une pratique éthique et responsable.

Face à quelques risques de dérives, le titre de psychothérapeute est encadré par la loi d’août 2009 et le décret de mai 2010. Le psychothérapeute doit donc pouvoir vous communiquer sa certification d’enregistrement à l’A.R.S. – Agence Régionale de Santé – qui lui délivre un numéro ADELI.

L’usurpation du titre de psychothérapeute est, lui aussi, un délit.

Ce titre est réservé depuis 2010 :

    • aux psychiatres, ainsi qu’aux médecins qui auront effectué quelques stages ;
    • aux psychologues cliniciens ou autres psychologues, moyennant des formations complémentaires spécifiques ;
    • aux psychothérapeutes d’avant 2010, qui ont plus de cinq ans d’exercice, avec une formation suffisante en psychopathologie et ayant validé leurs expériences (VAE1) devant une commission ;
    • à certains psychanalystes, qui étaient initialement exclus de cette classification.

Une précision :

De nombreuses structures et de nombreux professionnels ont contourné le problème en ajoutant simplement un préfixe ou un suffixe au mot thérapeute. Nous ne pouvons qu’inviter à la prudence en vérifiant systématiquement que le thérapeute est bien inscrit à l’ARS.

Gestalt-thérapie, thérapie systémique, thérapies humanistes, analyse transactionnelle, hypnose éricksonienne, thérapie des schémas, programmation neurolinguistique, approches psychocorporelles, art thérapie, thérapies à médiation, etc.  Avec plus de 400 approches* officiellement répertoriées, le domaine de la psychothérapie est très vaste. De nouveaux courants ou modalités thérapeutiques apparaissent régulièrement.

Deux exemples :

Encore très présentes en France, certaines psychothérapies sont d’inspiration psychanalytique c’est-à-dire qu’elles s’appuient sur les théories de la psychanalyse (voir plus loin). Dans une approche souvent plus pragmatique que cette dernière, elles sont axées sur l’explication des difficultés présentes par des processus inconscients. Le passé y a une place essentielle. Le suivi thérapeutique nécessite le plus souvent un nombre important de séances.

Les Thérapies Cognitives et ComportementalesTCC qui en sont à leur “troisième vague”2, représentent une approche très différente. Le passé est abordé à travers une analyse fonctionnelle qui vise à comprendre et expliquer au patient les difficultés présentes. Des objectifs thérapeutiques sont définis entre le patient et le psychothérapeute, qui collaborent ensemble à la thérapie. Le présent et le futur sont les axes principaux de l’accompagnement. Le thérapeute donne des tâches complémentaires 3 à réaliser entre les rencontres : la thérapie est ainsi souvent “brève” et axée sur le pragmatisme et l’efficience. L’approche psycho-éducative, l’envoi de supports, contribuent à la transmission de nouvelles compétences psychologiques qui s’inscrivent dans le long terme. Les T.C.C. sont des psychothérapies s’appuyant sur les recherches scientifiques en psychologie et neuropsychologie. Elle sont régulièrement évaluées et certaines de leurs techniques peuvent ainsi être écartées, d’autres modifiées ou ajoutées.

Au-delà des étiquettes ou des appellations, des méthodes et des techniques, le choix d’un psychothérapeute reste personnel.

Nous savons notamment que l’alliance thérapeutique – ce lien entre patient et soignant – est essentielle dans le processus de changement. Par ailleurs, le psychothérapeute doit adapter son approche à chaque situation singulière, et non adapter le patient à sa théorie.

Le psychopraticien

Appellation plus récente qui désigne, là encore, un professionnel spécialisé dans le soin psychologique.

En bref, nous pouvons dire qu’il s’agit d’un psychothérapeute ne pouvant pas prétendre à ce titre encadré par la loi, ici par des politiques non spécialistes. Il peut en effet être reproché à ces derniers de sembler s’appuyer davantage sur les connaissances et diplômes que sur les compétences et expertises.

Des syndicats représentatifs de la profession se sont ainsi mis d’accord sur ce terme de psychopraticien.

Il s’agit de la dénomination d’une activité professionnelle, et non d’un titre, dénomination déposée à l’Institut National de la Propriété Industrielle (INPI) en 2009.

L’European Association for Psychotherapy (EAP) a créé un Certificat Européen de Psychothérapie. Pour l’obtenir, il faut avoir validé des études supérieures (bac + 3), ainsi qu’une formation approfondie spécifique de quatre ans minimum. Ce certificat, comme les attestations de formation en psychothérapie de ces professionnels sont délivrés par des structures privées. Ils ne sont pas reconnus par l’État.

Il est a souligner qu’ainsi les exigences de cette Fédération sont plus élevées, les compétences cliniques, pratiques, plus contrôlées, que lors des formations universitaires de base des psychologues cliniciens.

Le psychanalyste

Le terme de psychanalyste a été créé vers 1896 par le neurologue autrichien Sigmund Freud (1856-1939). Ce n’est pas un titre protégé par la loi française.

Le psychanalyste d’aujourd’hui a souvent une formation universitaire, y compris dans d’autres disciplines. Il est en effet utile, voire nécessaire, qu’il ait une bonne culture en sciences humaines.

psychanalyse

En plus de l’étude théorique des texte de S. Freud, le psychanalyste a suivi lui-même au moins une psychanalyse puis, une analyse didactique, supervisée par un psychanalyste expérimenté. Devenir psychanalyste nécessite un long travail d’introspection et de clarification, au fil de nombreuses années.

La base de cette approche est d’expliquer que nos émotions, nos relations et nos comportements, sont d’abord déterminées par des facteurs inconscients. Ces processus inconscients se sont construits notamment lors de nos premières interactions, dans notre petite enfance. Le travail analytique, basé sur le discours (notamment autour des rêves, des actes manqués et lapsus), vise à révéler certains de ces processus, à en dévoiler la genèse, pour développer une plus grande lucidité, accepter la souffrance et mieux composer avec la réalité. Ce procédé nécessite beaucoup de temps, certains psychanalystes considérant qu’il n’est jamais terminé. La cure analytique prend souvent ainsi plusieurs années, au rythme d’une séance chaque semaine, en moyenne.

Depuis Jacques Lacan (1901-81), la psychanalyse est davantage présentée comme un mode de connaissance de soi, de compréhension de nos fonctionnements psychiques, dans laquelle la guérison peut advenir “de surcroît”… mais pas forcément.

Françoise Dolto (1908-88) distinguait la psychothérapie de la psychanalyse : en cas de souffrance, il est préférable de privilégier la première.

Le psychomotricien

Un psychomotricien est titulaire d’un Diplôme d’Etat, obtenu après une formation spécifique de trois ans.

Il travaille sur prescription médicale et après examen neuropsychologique du patient par le médecin.

Il intervient auprès des enfants, des adultes et des personnes âgées qui présentent des maladresses, des difficultés motrices ou graphiques, qui ont des difficultés pour se repérer dans l’espace ou le temps, ou encore qui sont en difficulté pour investir leur corps.

ll réalise des bilans psychomoteurs,  une rééducation des troubles du développement psychomoteur ou des désordres psychomoteurs (au niveau de la motricité globale, la motricité fine, le schéma corporel, l’adresse, les coordinations, l’organisation spatiale, etc.), au moyen de techniques de relaxation dynamique, d’éducation gestuelle, d’expression corporelle ou plastique et par des activités rythmiques, de jeu, d’équilibration et de coordination.

Il contribue, par des techniques d’approche corporelle, au traitement des déficiences intellectuelles, des troubles caractériels ou de la personnalité, des troubles des régulations émotionnelles et relationnelles et des troubles de la représentation du corps d’origine psychique ou physique.


PSY… Remboursement par la C.P.A.M.
Caisse Primaire d’Assurance Maladie
Psychiatre Le psychiatre est un médecin. De ce fait, les séances sont partiellement et forfaitairement remboursées.
Les honoraires  du psychiatre conventionné en secteur 2 sont libres.
Psychologue Le plus souvent non remboursé.
Il existe une possibilité de remboursement dans le cadre de soins dans un établissement public comme dans un hôpital, ou dans un Centre Médico-Psychologique (psychologue clinicien).
Psychothérapeute Non remboursé.

Le dispositif controversé «MonPsy» que nous boycottons en l’état, propose une prise en charge très limitée et non complètement confidentielle (passage chez le médecin obligatoire) de quelques séances de 30 minutes (!)
Le dispositif MonsPsy ne s’adresse qu’aux symptômes “légers”. Il n’est pas adapté pour suivre des pathologies sévères. Troubles dépressifs, risques suicidaires, antécédents psychiatriques sévères, etc., ne sont pas pris en charge. 

MonPsy impose aux professionnels le prix de leurs séances : 40 € pour la première, de présentation, et 30 € pour les sept suivantes. Or habituellement, une séance se situe plutôt aux alentours des 55 euros, voire 70 euros à Paris (2021)

Psychopraticien Non remboursé.
Psychanalyste Non remboursé.
Psychomotricien Non remboursé.
Il est cependant possible d’obtenir, même si cela est rare, un remboursement du bilan et des séances, dans le cadre d’une prise en charge psychomotrice.

Merci à mes quelques amis relecteurs, notamment B. Tanguy, qui m’ont permis d’améliorer cet article.

NOTES

Cet article a été initié par un échange avec ma fille Laelia.

1 –  VAE : Validation des Acquis de l’Expérience. Voir www.vae.gouv.fr

*Ce nombre de 400 psychothérapies est cité par Olivier Chambon, Michel Marie-Cardine, dans«Les bases de la psychothérapie» – 3e édition de 2019, Dunod.

2 – La 1ère vague des T.C.C. est la vague comportementale radicale (conditionnement opérant), débutée vers 1950 aux Etats Unis d’Amérique. La seconde est la vague cognitive, initiée vers 1970. Elle met l’accent, pour simplifier, sur le repérage et la modification des pensées et croyances dysfonctionnelles. La plus récente, parfois désignée comme la vague émotionnelle, à débuté dans les années 1990. Elle axe le travail thérapeutique sur l’acquisition d’une plus grande souplesse psychologique en modifiant non pas tant le contenu que le rapport entretenu avec les ressentis, les émotions et pensées difficiles, pour plus d’acceptation et d’actions vers ce qui est important pour le patient. 

3Les tâches en TCC  sont des exercices d’application progressifs et des stratégies concrètes pour le quotidien. Il s’agit de développer par l’entraînement de nouvelles compétences psychologiques et comportementales et agir concrètement en direction d’objectifs et valeurs personnelles. Ainsi, lorsque l’on parle de thérapie brève, en réalité, c’est un peu comme si le patient réalisait une ou plusieurs séances quotidiennes, du fait de ces tâches réalisées entre chaque rencontre.

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