Vos enfants ne sont pas vos enfants

Parlez-nous des enfants

Et une femme qui portait un enfant dans les bras dit,
Parlez-nous des enfants.

Et il dit :

Vos enfants ne sont pas vos enfants.

Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même,

Ils viennent à travers vous mais non de vous.

Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.

Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées,
Car ils ont leurs propres pensées.

Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes,

Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter,
pas même dans vos rêves.

Vous pouvez vous efforcer d’être comme eux,
mais ne tentez pas de les faire comme vous.

Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s’attarde avec hier.

Vous êtes les arcs par qui vos enfants,
comme des flèches vivantes, sont projetés.

L’Archer voit le but sur le chemin de l’infini,
et Il vous tend de Sa puissance pour que Ses flèches puissent voler vite et loin.

Que votre tension par la main de l’Archer soit pour la joie ;

Car de même qu’Il aime la flèche qui vole,
Il aime l’arc qui est stable.

Livre Le Prophète

Khalil Gibran – Des Enfants
Extrait du recueil Le Prophète
Littérature arabe, poésie en prose

Parabole de la flèche empoisonnée

Arc

La compréhension et la connaissance sont-elles suffisantes au changement ?
Le questionnement et la réflexion autour de la source de la souffrance  actuelle sont-ils prioritaires pour la guérison ?

S’il reste important de réaliser une analyse fonctionnelle des difficultés actuelles, cette parabole – attribuée au Bouddha – nous donne une réponse cohérente avec l’approche privilégiée en Thérapie Comportementale et Cognitive étayée par des études récentes autour des traumatismes psychologiques.

C’est tout comme si, ô Malunkyaputta, un homme ayant été blessé par une flèche fortement empoisonnée, ses amis et parents amenaient un médecin chirurgien, et que l’homme blessé dirait :

« Je ne laisserai pas retirer cette flèche avant de savoir qui m’a blessé : si c’est un ksatriya, ou un brahmane, ou un vaisya, ou un sudra ? »

Puis il dirait :
« Je ne laisserai pas retirer cette flèche avant de savoir qui m’a blessé :
Quel est son nom ?
Quelle est sa famille? »

Puis il dirait :
« Je ne laisserai pas retirer cette flèche avant de savoir qui m’a blessé : s’il est grand, petit ou de taille moyenne. »
Puis il dirait :
« Je ne laisserai pas retirer cette flèche avant de savoir la couleur de l’homme qui m’a blessé : s’il est noir, ou brun, ou de couleur d’or ? »
Puis il dirait :
« Je ne laisserai pas retirer cette flèche avant de savoir d’où vient cet homme qui m’a blessé :
De quel village, ou de quelle ville, ou de quelle cité ? »

Puis il dirait :
« Je ne laisserai pas retirer cette flèche avant de savoir avec quelle sorte d’arc on a tiré sur moi :
Était-ce une arbalète ou un autre arc? »
Puis il dirait :
« Je ne laisserai pas retirer cette flèche avant de savoir quelle sorte de corde a été employée sur l’arc :
Était-elle en coton ou en roseau, en tendon, en chanvre ou en écorce ? »
Puis il dirait :
« Je ne laisserai pas retirer cette flèche avant de savoir de quelle manière était faite la pointe de la flèche :
Était-elle en fer ou d’une autre matière ? »

Puis il dirait :
« Je ne laisserai pas retirer cette flèche avant de savoir quelles plumes ont été employées pour la flèche :
Etaient-ce des plumes de vautour, de héron, de paon ou d’un autre oiseau ? »
Puis il dirait :
« Je ne laisserai pas retirer cette flèche avant de savoir avec quelle sorte de tendon la flèche a été enfermée :
Avec des tendons de vache, ou de bœuf, ou de cerf, ou de singe ? »
Puis il dirait :
« Je ne laisserai pas retirer cette flèche avant de savoir si c’était une flèche ordinaire ou une autre sorte de flèche ? »

O Malunkyaputta, cet homme mourrait sans le savoir.

Ne perds pas ton temps à comprendre d’où vient la flèche, à analyser qui l’a lancée. Retire-là !

Bouddha

Source: Cūḷa Māluṅkya Sutta — Le court discours à Māluṅkya